La première pierre est posée le 7 juin 1488, aux frais du roi de France, du comte de Ponthieu et de la ville d’Abbeville, dans le goût du gothique flamboyant alors à son apogée. L’édifice a ceci de rare que sa façade ne s’ouvre pas à l’ouest mais au nord, et c’est elle qui porte tout le décor : trois portails, la rose au-dessus, la statuaire entre les deux tours-clochers, qui montent à 55,80 m. Le chantier s’arrête en 1539, le chœur n’est achevé que de 1661 à 1663, et le bombardement du 20 mai 1940 fait s’effondrer la voûte : la collégiale n’est rendue au culte qu’en 1998. Tout se joue donc sur cette seule façade, haute de cinquante-cinq mètres, et vue de face.
De nuit, une telle hauteur se perd : éclairée d’un bloc, la façade s’aplatit et prive le regard de toute hiérarchie visuelle. Elle est donc graduée du bas vers le haut - les portails en pleine matière, la rose plus retenue, la statuaire en touches, les clochers juste assez pour fermer la silhouette. L’œil monte au lieu de tout recevoir d’un coup, et l’édifice garde sa profondeur.