Construit de 1887 à 1888 et ouvert à la circulation le 1er janvier 1889, le pont franchit le bassin pour relier Dieppe au Pollet, quartier de pêcheurs que le creusement du chenal d’agrandissement du port avait coupé en deux. Il est en fer puddlé et laminé, rivé à chaud : le tablier revient aux ingénieurs Louis Baret et Girardin, la machinerie hydraulique qui le fait pivoter à la compagnie d’ingénierie industrielle Fives-Lille, et l’ensemble à l’ingénieur Paul Alexandre, médaillé d’argent pour cet ouvrage à l’Exposition universelle de 1900. Classé monument historique en 2020 et remis en eau après deux ans et demi de restauration, il pivote sur lui-même pour livrer passage aux navires : c’est ce mouvement, et la transparence du treillis, qui font tout l’ouvrage.
La nuit, le pont se réduit à deux matières : un treillis qu’il faut garder ajouré, un tablier qu’il faut rendre praticable. Le métal se pare d’une nuance froide qui le détache du ciel sans jamais le remplir ; le passage, plus chaud et plus bas, reste à hauteur d’homme.
Éviter l’écueil de l’éclairage frontal, qui transforme le treillis métallique en une masse opaque et supprime toute perception du vide. Notre parti pris repose sur un contre-jour maîtrisé : éclairé par l’arrière et par le dessous, chaque profilé se détache en silhouette pour préserver la légèreté et la transparence de l’ouvrage.
Depuis les quais, l’ouvrage se lit alors comme un dessin posé sur l’eau, où la nuit préserve la lisibilité de l’articulation du tablier et de son cercle de manœuvre. Une ligne bleue vient épouser ce cercle de pivotement, traçant dans la nuit la signature lumineuse de sa rotation.